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Louis Balthazar
Professeur émérite, Université Laval
Président de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand, UQAM


Obama n’est pas socialiste.

Faut-il s’en étonner ou du moins croire que le président des États-Unis trahit les attentes à son égard, comme semblent s’y adonner certains commentateurs?

Jamais, durant sa longue campagne électorale, Obama nous a-t-il laissé entendre, de quelque façon que ce soit, qu’il ne serait pas respectueux de la place prédominante qu’occupe l’entreprise privée dans le système américain. Ne l’oublions jamais. Obama s’est toujours présenté comme un réformiste et non comme un révolutionnaire. Tout comme Franklin Roosevelt et Martin Luther King, ses deux modèles, qui ont modifié profondément le visage de leur pays tout en puisant leur inspiration dans les grands principes fondateurs de la république américaine.

À cet égard, le président des États-Unis ne nous déçoit pas, du moins pas pour le moment. Certes on peut regretter quelques erreurs ici ou là, par exemple que Timothy Geithner ait été appointé secrétaire au Trésor en dépit de ses infractions relatives au paiement de ses impôts et de sa collusion avec le système financier qui prévalait sous George W. Bush. On aurait souhaité qu’il s’impose davantage auprès du Congrès. Mais l’essentiel du programme du nouveau président est tout à fait fidèle à ce qu’il avait annoncé.

Un programme audacieux

Barack Obama a lancé un audacieux programme de relance économique qui rappelle celui qui a sauvé les États-Unis au cours de la grande dépression des années 1930. Un programme de création d’emplois à même des travaux publics qui vont contribuer à la reconstruction du pays. Et surtout, trois grandes priorités dont le président ne démord pas : la création d’énergies nouvelles dans le contexte de la lutte au changement climatique, un programme d’assurance-maladie qui permettra l’accès de tous les Américains aux soins de santé à un prix abordable et des investissements publics dans l’éducation à l’aube des besoins nouveaux.

On lui reproche de tout vouloir entreprendre en même temps, au risque de tout compromettre et de plonger le pays dans une dette astronomique dont il ne se relèvera pas. Obama répond comme un homme qui manifeste toujours l’audace de l’espoir. Toutes les réformes qu’il propose sont liées à des nécessités urgentes. La lutte au chômage ne peut attendre. Mais on ne saurait différer non plus le sauvetage de la planète, pas plus que la santé d’environ 50 millions d’Américains dépourvus d’assurance-maladie et les nécessités de l’éducation. Les États-Unis ne recouvreront pas vraiment la prospérité s’ils ne s’assurent pas d’une économie écologique, de la santé des citoyens et de leur instruction.

Dans la mesure où il est persuadé de la nécessité de ces réformes, le nouveau président ne peut se permettre de les remettre à plus tard. Il doit saisir ce moment d’urgence. Il ne peut « gaspiller la crise », comme le souligne son chef de cabinet, Rahm Emmanuel. Il doit profiter de ce moment où sa popularité est encore considérable pour tout mettre en marche. C’est dans la première année d’une présidence que se dessinent les véritables réformes. Déjà en 2010, les membres du Congrès seront préoccupés par les élections législatives qui auront lieu en novembre de cette année. Il se peut aussi fort bien que ces élections se traduisent par des pertes pour le parti présidentiel, comme cela se produit le plus souvent.

Le défi est énorme, même pour ce président charismatique et populaire, de persuader les membres du Congrès récalcitrants, jusque dans son propre parti, d’entériner l’essentiel de son programme et de voter les grandes lignes du budget qu’il leur a présenté. L’opposition républicaine et aussi celle de certains démocrates plus conservateurs se fait entendre. On craint un afflux de dépenses inutiles, la nécessité d’augmenter les taxes et la mise en place d’interventions gouvernementales contraires à la tradition américaine. C’est le monstre de l’État providence envahissant qui est évoqué pour tous ceux qui tiennent à ce que les États-Unis se démarquent du modèle européen. Dans certains milieux, on accuse le président d’être un socialiste, autant qu’on lui reproche ailleurs de ne pas l’être.

Un président animateur

Lui, pour sa part, se fait un chef d’État animateur, professeur, omniprésent auprès de la population comme très peu de ses prédécesseurs l’ont été. Il utilise son immense popularité, ses talents exceptionnels de communicateur, pour expliquer, écouter, répondre aux objections et persuader. Il fait preuve d’une excellente connaissance de ses dossiers. Il prend la peine de les expliquer dans les détails, les vulgariser.

En même temps, il doit s’employer, avec son secrétaire au Trésor issu des milieux financiers, avec une équipe économique certes réformiste mais marquée de l’esprit du capitalisme, à relancer tout le système financier. Il veut le faire de concert avec l’entreprise privée et non pas en nationalisant les grandes institutions financières comme on pourrait le souhaiter. Ce système financier n’a guère la cote auprès d’une population qui avait pourtant appris à lui vouer un grand respect dans les années passées. Mais, aux yeux du président et de son équipe économique, il importe de le remettre en marche pour que l’économie du pays retrouve son souffle. En d’autres termes, il s’agit, pour le gouvernement américain d’aujourd’hui, comme pour celui du temps de Franklin Roosevelt, de sauver le système capitaliste tout en lui donnant des cadres plus rigides et non pas de le démanteler. C’est là un défi d’envergure, une gageure dont il n’est pas sûr qu’elle soit tenue.

Si Barack Obama réussit à transformer son pays comme il se le propose tout en le sortant du marasme, il passera à l’histoire comme un très grand président. S’il ne réussit pas, il marquera tout de même l’histoire pour avoir voulu le changement et l’avoir proposé avec une sincérité et une vigueur exceptionnelles. Comment ne pas souhaiter qu’il réussisse? Nous, Canadiens, Québécois, n’en sortirions sûrement pas perdants.
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