Louis Balthazar
Professeur émérite, Université Laval
Président de l’Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand, UQAM
Dans une entrevue accordée au magazine Time, dans l’édition qui faisait de lui l’homme de l’année 2008, Barack Obama énonçait lui-même sans ambages les questions que la population américaine serait en droit de lui poser en 2010. Il vaut la peine de citer ces questions qui correspondent aux grands chantiers du nouveau président.
- Avez-vous contribué à la reprise économique après que nous eussions traversé la pire crise depuis la dépression des années 1930?
- Avez-vous mis en place des régulations et des règles qui font en sorte qu’une telle crise ne puisse plus se produire?
- Avez-vous créé des emplois bien rémunérés qui permettent aux familles de se soutenir elles-mêmes?
- Avez-vous réalisé des progrès significatifs dans vos efforts de réduire les coûts de la santé et d’étendre la protection de l’assurance à un plus grand nombre de personnes?
- Avez-vous mis en marche ce projet, qui devra s’étaler sur la prochaine décennie, qui consiste à réorienter l’économie en fonction des problèmes énergétiques?
- Avez-vous mis en marche un projet de revitalisation de notre système scolaire pour nous rendre plus compétitifs au 21ième siècle?
- En politique étrangère : aurez-vous fermé la prison de Guantanamo d’une manière responsable, mis fin formellement à la torture et établi un juste équilibre entre les besoins de la sécurité et notre Constitution?
- Avons-nous reconstruit effectivement nos alliances partout dans le monde?
- Avons-nous ramené les troupes de l’Irak et renforcé notre approche en Afghanistan, non seulement en termes militaires mais aussi en termes de diplomatie et de développement?
- Avons-nous réussi à revigorer les institutions internationales pour faire face aux menaces transnationales et au changement climatique, ce que nous ne saurions faire seuls mais plutôt en coopération avec nos partenaires?
- Et au-delà de ce qui précède, avons-nous gouverné dans l’imputabilité, la transparence, l’information?
- Aurons-nous su admettre nos erreurs et corriger le tir en fonction de nouvelles informations? Aurons-nous pris des décisions fondées sur des faits, sur la science, plus tôt que sur l’opportunisme politique?
Il ne serait pas facile de retrouver dans l’histoire des États-Unis un président qui aurait placé la barre aussi haute au moment de s’installer à la Maison-Blanche.
Rarement aura-t-on vu une situation aussi difficile, aussi parsemée d’embuches que celle dans laquelle se trouve le nouveau président.
Dans la mesure où la population américaine fait confiance en Barack Obama dans des proportions très élevées, il pourra sans doute bénéficier d’une lune de miel durant les premiers mois de sa présidence. Mais dans la mesure où on attend beaucoup de lui, il pourra aussi décevoir beaucoup par la suite après avoir gouverné comme un homme et non comme un dieu!
Il faut seulement souhaiter que les réponses positives soient un peu plus nombreuses que les négatives.
C’est à suivre avec intérêt et fascination à compter du 20 janvier prochain.
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