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Une belle rencontre avec un sage de 77 ans. . .Max Gros-Louis. . .
Il n’a pu fréquenter nos grandes Écoles, car avant 1954, les Indiens n’avaient pas droit à l’éducation dans notre pays. Mais . . . il en a fréquenté de bien meilleures, car si vous additionnez toutes ses expériences de vie, je suis certain que n’importe laquelle de nos universités lui décernerait un doctorat honorifique demain matin et il serait bien mérité.
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J’ai rencontré ce personnage plus grand que nature dans sa résidence de Wendake, le Village Huron. La résidence de Max Gros-Louis, c’est un véritable musée. Tous les murs dans toutes les pièces sont garnis de photos et autres documents officiels. Il faut dire qu’il a rencontré au cours de sa carrière qui n’est pas terminée, tous les grands de ce monde. A part les dirigeants d’un pays, je ne connais pas beaucoup de personnes qui ont une si belle collection de photos, que ce soit avec le pape Jean-Paul ll, Jacques Chirac, Ségolène Royal et la liste est très longue, croyez-moi.
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C’est presque gênant pour le Québec et le Canada, mais Max Gros-Louis a été beaucoup plus décoré à l’étranger qu’il ne le sera jamais ici. Voici quelques unes des décorations qu'il a reçues:
a) Il a reçu l’Ordre de la Légion d’Honneur en tant qu’Officier, du Président de la France, en date du 31 mars 2008;
b) Il a reçu l’Ordre National du Mérite du Président de la France de l’époque, monsieur François Mitterrand, en date du 13 mai 1991;
c) Il a aussi été décoré par l’Académie diplomatique de la Paix en Belgique;
d) Il a reçu une autre décoration de la France, soit la Médaille d’Or du mérite et du dévouement français.
Mais qui est donc Max Gros-Louis? Il est né le 6 août 1931 au Village Huron et il y a passé toute sa vie. Sa famille comprenait 13 enfants; il lui reste 4 frères et 3 sœurs. Son père était un expert tailleur de fourrure pour faire des bottes en loup marin ou en renard par exemple. Il a travaillé toute sa vie pour Bastien Brothers sur la Réserve. Il était aussi guide de chasse et de pêche et parait-il qu’il était un excellent cuisinier. Max Gros-Louis pour sa part est le père de 5 enfants, soit 3 garçons et 2 filles. Sa 2e femme en a aussi 5, ce qui fait bien du monde à table lorsque tout ce beau monde se réunit. Il a 9 petits enfants et autant d’arrière petits enfants. Ses enfants ont tous des carrières différentes. Un de ses garçons est ingénieur forestier et vit en Alberta. Une de ses filles vit sur la Réserve. Elle fait partie du Conseil de la Nation et possède un Bed & Breakfast. Un autre a un commerce relié au tourisme alors qu’il y en a un qui travaille comme gardien du territoire Huron dans le Parc des Laurentides. Enfin, une autre de ses filles est avocate et travaille à Ottawa pour le gouvernement fédéral.
La carrière de Max Gros-Louis, ce n’est pas uniquement la politique, mais presque. Il a travaillé avec des arpenteurs en forêt, il a été guide de chasse et de pêche et il a eu un commerce d’artisanat pour les touristes sur la Réserve. Mais l’œuvre de sa vie, c’est les 44 années passées en politique, et c’est loin d’être terminé. Pendant que j’étais avec lui, le téléphone a sonné de nombreuses fois. Il est beaucoup consulté concernant différents problèmes. Il existe peu de vrais Sages comme lui dans notre société et ils sont très en demande. Il a répondu à chaque appel avec courtoisie, politesse et grand respect.
Sa carrière politique a débuté en 1964 alors qu’il a été élu Grand Chef de la Nation Huronne au salaire faramineux de 75 $ par mois, presque du bénévolat. Cette Nation est uniquement à Wendake. Il a aussi été en charge de tous les Indiens du Québec ayant a été l’un des fondateurs. Il a été Vice-chef de l’Assemblée nationale des premières nations du Canada. Il a été l’un des premiers à regrouper les Indiens ensemble ce qui a permis de prendre des positions globales. Il a été l’un des directeurs de l’Assemblée des Indiens du Nord de l’Amérique et l’un des directeurs de l’Assemblée mondiale des premières nations.
Les plus vieux se rappellent du fameux procès de la Baie James à l’instigation de Max Gros-Louis. Les Indiens ont gagné leur procès, les travaux de la Baie James ont été suspendus pendant 16 jours mais le résultat est que les Cris en profitent encore de nos jours.
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Je croyais à tort qu’un Grand Chef était l’équivalent du maire d’une Ville. Monsieur Gros-Louis m’a dit ceci : « C’est beaucoup plus que cela, car c’est l’équivalent du Premier ministre d’un pays. Ses responsabilités touchent tous les secteurs de l’activité humaine, que ce soit la santé, l’éducation, la culture, l’habitation, etc. Le fait que ce n’est pas enseigné dans les écoles amène les gens à voir cette fonction comme étant un peu folklorique. Il serait temps que les gens voient un Grand Chef Indien en y associant toutes les responsabilités qui sont les siennes ». |
Max Gros-Louis a une opinion bien arrêtée au sujet de la Loi sur les Indiens. "C’est un génocide bien planifié afin de faire disparaitre les Premières Nations. C’est un fonctionnaire à Ottawa qui décide qui est un Indien et qui ne l’est pas ". Son raisonnement est le suivant : «C’est le gouvernement canadien et non la Russie ou un autre pays qui décide qui est canadien. Si les Hurons sont une Nation, ils devraient décider eux-mêmes qui est Huron et qui ne l’est pas. Dans les règles actuelles par exemple, suite à un mariage mixte, automatiquement la 3e génération ne fait plus partie des Hurons. Ça devrait être la Nation qui décide avec un bon Code fait et approuvé par la Nation ».
Il existe beaucoup de faux mythes dans la population au sujet des Indiens. On dit par exemple qu’ils ne payent pas de taxes, qu’ils ne payent pas d’impôts, etc. La réalité est bien différente. Pour un Indien qui vit sur la Réserve, c’est vrai qu’il n’y a pas de taxes municipales et s’il achète son essence sur la Réserve et que cette essence est vendue par la Nation, il n’y a pas de taxes. Un Indien qui vit en dehors de la Réserve paye ses taxes et impôts comme vous et moi. Un Indien qui travaille en dehors de la Réserve par exemple paye les mêmes impôts que vous et moi. Max Gros-Louis paye son électricité comme vous et moi au même tarif, soyez sans crainte.
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Max Gros-Louis est un personnage imposant autant par sa stature physique que par sa réputation. Quand il va quelque part, tout le monde veut lui parler, lui serrer la main, se faire prendre en photo avec lui. Il est ici photographié près de la Chute Kabir-Kouba à Loretteville à deux pas du Village Huron. |
La Nation Huronne compte environ 3200 membres dont la moitié vit sur la Réserve. Il y a aussi des non Indiens qui vivent sur la Réserve, à loyer, et aussi des gens d’autres Nations qui y travaillent. Je vais ici détruire un autre mythe : 95% des gens de la Réserve travaillent. Sur la Réserve même, il y a de bonnes industries et de bons commerces qui emploient même environ 300 personnes de l’extérieur, des non Indiens. Autre phénomène qui n’existe pas dans beaucoup de villes et villages du Québec éloignés des grands centres, les jeunes de la Réserve sont portés à y rester.
L’une des grandes réalisations de Max Gros-Louis, c’est d’avoir obtenu à 5 reprises l’agrandissement de la Réserve. Lorsqu’il a été élu Grand Chef en 1964, la Réserve était très petite, soit à peine un quart de mille par un quart de mille. Aujourd’hui, c’est un mille par un mille et c’est toujours trop petit. Il y a actuellement environ 400 familles qui aimeraient aller vivre sur la Réserve mais le territoire actuel est trop petit pour y construire de nouvelles habitations. Pour agrandir, il faudrait aller soit vers le Nord, soit vers l’Est. D’ailleurs au Canada, l’une des principales revendications des Indiens a trait à leur territoire. Max Gros-Louis m’a dit ceci : «Les Indiens ne veulent pas reprendre tout le Québec, mais un territoire raisonnable, conserver leurs droits de chasse et de pêche et faire leurs propres Lois afin de contrôler la chasse et la pêche dans le plus grand respect ». Il y a 42 réserves Indiennes au Québec et environ 450 au Canada pour une population d’environ 3 millions d’Indiens.
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Max Gros-Louis est ici photographié devant un tableau représentant des Indiens en pleine nature. |
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Une autre de ses grandes réalisations, son bébé comme il m’a dit, c’est la construction de l’Hôtel-Musée qui emploie environ 75 personnes dont la moitié sont occupés par des Indiens et l’autre moitié par des gens de l’extérieur de la Réserve, donc des non Indiens. Il a dû signer des ententes permettant l’obtention de subventions en garantissant les emplois. Il m’a dit : « Je respecte toujours les ententes que je signe ». |
Les choses ont bien évolué dans le domaine de l’éducation depuis 1954. Sur la Réserve du Village Huron, il y a depuis une vingtaine d’années une école primaire. A partir du secondaire, les Indiens fréquentent des écoles en dehors de la Réserve. Beaucoup d’Indiens fréquentent maintenant les grandes universités.
J’ai abordé le sujet de leurs traditions qui sont souvent différentes des nôtres. Il m’a dit ceci : « Les traditions reviennent de plus en plus. Du côté religieux par exemple, il était défendu de faire nos danses traditionnelles. J’ai fait le tour du monde avec un groupe folklorique et le résultat a été que maintenant, même à l’église, certaines de nos traditions sont partie intégrante des cérémonies catholiques. Les pow wow sont revenus car ils font partie de nos traditions ancestrales. Nous faisons une semaine des récoltes car il ne faut pas oublier que les Hurons ont été les premiers à cultiver le maïs. Nous faisons cuire nos viandes devant les gens, comme les castors, les oies, l’orignal et nous leur en donnons pour une dégustation. Nous aimons montrer que nous sommes différents, mais dans le fond, on est tous pareils ».
Sa vie est toujours bien remplie. En plus du téléphone qui n’arrête pas de sonner, il lui arrive de donner des conférences dans les écoles comme c’est arrivé récemment autant à Québec qu’en Beauce. Présentement, 3 ou 4 personnes sont à écrire un livre sur sa vie et une autre personne a un projet de film. Il part pour la France au début de mai pour une série de conférences. A travers toutes ces activités, il prend le temps d’aller à la chasse aux outardes à Lotbinière.
Je lui ai demandé ce qu’il pensait de la crise économique. Il m’a dit : « Quand on base tout sur un morceau de papier, ça ne vaut pas de la m…. du papier, c’a n’a pas de cœur, pas de sentiment, c’a n’a rien du tout. Il faut respecter la nature, la terre ce n’est pas à nous, c’est nous qui appartenons à la terre. Tout le monde se bat pour de l’argent, on ne respecte rien, on coupe les forêts, les rivières sont toutes brisées, il faut respecter la terre. Selon moi, les États-Unis sont finis ».
Que pense Max Gros-Louis de Barack Obama? Il m’a dit : « Ce n’est pas drôle de prendre une job comme la sienne mais je crois qu’il va dans une bonne direction car il veut unir tous les pays ensemble. Je suis allé en Floride récemment en auto, la crise aux États-Unis, c’est terrible, ça fait pitié ».
A propos de la guerre en Afghanistan, il a ajouté : « C’est de la folie furieuse, nous n’avons pas d’affaires là ».
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Sur sa pierre tombale un jour très lointain, il faudrait écrire : MAX GROS-LOUIS, Chef et défenseur des Premières nations. |
Crédit-photos: Max Gros-Louis et Normand Bellefeuille (hôtel)
Normand Bellefeuille, éditeur
MENSUEL.ca
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